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Un tombeau rural ou quoi ?

Un tombeau rural ou quoi ?

Henri Aron, un érudit assurément… C’est grâce à sa femme, Ariane, toutefois, que nous avons mis le doigt… Que dis-je, le pied… Sur un bas-relief commémoratif à moitié dissimulé sous les herbes, au beau milieu de nulle part, quelques kilomètres après Velles, sur le parcours de l’Itinéraire…

On passe sur le chemin comme ça… Et à un moment donné, on fait une halte près d’une clairière… Qui dit halte dit «pause technique »… C’était un peu dégagé… Et quelqu’un revient de se soulager en disant : «Tiens il y a un truc bizarre au fond»… Et, à y regarder de plus près, il y avait un mur avec un bas-relief planqué dans les ronces, le lierre et tout… Pas du tout entretenu. Chacun prend des photos de cette curiosité. Mais Ariane, suivant son instinct ou son fil, se met à gratter les mousses pour déchiffrer les quelques lettres gravées qui transparaissaient…

Il s’est avéré qu’il s’agissait d’un monument à vocation commémorative à la gloire de l’agriculture… Mais l’enquête ne fait que commencer…

Du coup, Henri s’est passionné à la recherche de la signification de ce monument oublié… Il a mené l’enquête ! Et ce sont nos amis d'Argenton/Creuse du Cercle Laïque Culturel qui en ont découvert l'histoire dans les Archives (voir la note n°1).

ça mérite d’être mis en valeur… On peut dire que là, l’Itinéraire Gaston Couté aura contribué à mettre en valeur le patrimoine.

C’est comme le Pont couvert sur la Bouzanne, c’est connu ! Un pont unique en France ! (voir la note n°2) N’empêche que l’Itinéraire a été détourné pour passer par ce magnifique pont de bois… Quitte à rajouter quelques kilomètres en plus à ce tronçon Velles > Argenton-sur-Creuse, déjà bien long…

Raymond PHUEZ

Note n°1 : Un monument à la gloire de l’Agriculture

À FORGES, sur la commune de VELLES, en retrait de la route d'une trentaine de mètres, comme dans un petit salon de verdure (propriété privée), ce bas relief est scellé au pied d'une modeste croupe surmonté par une croix de pierre. Sur un soubassement constitué de trois pierres taillées, chanfreinées, d'environ 79 cm de long sur 60 de haut, posée sur deux épaisseurs de briques pleines au ras de l'herbe, sont gravés les mots suivants : « Ici le 31 mai 1901, la Société d'Agriculture de l'Indre a fêté le centenaire de sa fondation, sous la présidence du marquis de VOGUË, Président de la Société d'Agriculture de France & de M. d'ASTIÉ de la VIGERIE, Président de la Société d'Agriculture de l'Indre ». Pour cette manifestation agricole, les terres du Plessis à VELLES, qui appartenaient à M. Henri BALSAN, avaient été choisies pour le concours de labourage et briolages (le brioleux était celui qui conduisait l'attelage l'encourageant de ses brios, chants entrainants, repris en italien dans le sens de virtuosité).1 La fresque en grès, réalisée par le sculpteur berrichon Ernest NIVET, a malheureusement subi les outrages des ans, du gel et des projections accidentelles. Elle est constituée de trois plaques juxtaposées de 83 cm de haut et respectivement : 74,5 - 71, et 92,5 cm de long. La plaque de droite porte dans le coin inférieur droit : « Grès (suit un prénom indéchiffrable), puis MULLER, Paris ». Les seules indications retrouvées concernant ce monument sont l'extrait du discours prononcé au Château du Plessis par Charles BALSAN à l'issue du banquet de la seconde journée de célébration et la parution en décembre 1996 de l'ouvrage du Chanoine Maxime ROUSSEAU, ancien curé de Velles.2 Dans son discours Charles BALSAN, alors député de l'Indre, disait : « .. .Et un centenaire comme celui-ci mérite qu'on fasse durable son souvenir. Eh bien mon idée : Vous voyez d'ici une grosse butte de grès, de ce grès abominable, image de l'indomptable stérilité. Sur cette butte il y a une croix. Elle a été plantée là par ma volonté. Clérical me dira-t-on ? Soit, ça m'est égal ! Elle y est et me rappelle un souvenir auquel mon cœur reste très attaché. C'est le symbole de l’espérance. Eh bien ! Je vais convoquer un sculpteur berrichon pur sang, du faubourg Saint Denis à Châteauroux, fils d'ouvrier, ouvrier lui même, fanatique de son art, M. NIVET et vais lui dire ceci : En arrière de la croix, je veux un bas-relief tourné vers la Bouzanne, un laboureur guidant une charrue. Comme Saint Michel terrassant le dragon, le laboureur, le bras droit de la France, apparaîtra dominateur du grès, symbole de la stérilité et de la misère. Nous y mettrons une gerbe et une inscription. La Brenne aura son objet d'art et notre centenaire un témoignage qui nous survivra. »3 L'intention était clairement énoncée, reste la réalisation... Est-elle l'œuvre d'Ernest NIVET ? Rien n'est moins certain pour plusieurs personnes compétentes. Le trait de notre compatriote leur semble plus aigu, plus vigoureux, moins conventionnel que ce que nous laisse voir le monument du petit Forges... Il se peut cependant que l'œuvre originale ait été affadie par la cuisson. Le Chanoine Maxime ROUSSEAU confirme dans son ouvrage, la paternité de l'œuvre, encore qu'il prétende que le monument a été inauguré le jour de la célébration, ce que contredit le discours de Charles BALSAN. Fait surprenant, aucune trace de l'inauguration de ce document n'a jusqu'à ce jour été retrouvé.Pas davantage dans la presse, que dans les bulletins des sociétés de l'époque, qui ont été consultés. Cette fresque représente, de la gauche vers la droite (sensiblement vers le sud), un laboureur conduisant une charrue à avant-train, menée par quatre bœufs en plein effort. Juste derrière les bœufs de flèche, sur la gauche de l'attelage, se trouve un toucheur de bœufs, dont l'aiguillon appuie sur le joug. ===== =====En arrière plan, dans un paysage volontairement flou, on voit une grange moderne, rappelant les bâtiments d'exploitation créés par la famille BALSAN et, bien en évidence, à gauche de la fresque, la silhouette du clocher très caractéristique de l'abbaye de Déols. Présence qui tendrait à confirmer l'identité du sculpteur Ernest NIVET4, qui de son atelier pouvait voir le dit clocher. Mesdames de MONTALEMBERT et de SAINT MARS, filles de Charles BALSAN, précisent que le choix de la Chambre d'Agriculture d'implanter le bas relief sur les terres du Plessis et précisément à Forges était une sorte de récompense attribuée à la famille BALSAN, pour les services rendus à l'agriculture du département. Notamment pour l'amélioration des techniques de culture et de la construction de corps de ferme modèles (Forges, le Fougeron, Brodes, Longueil, la Garderie, la Locature, la Ménarderie, la Souvain, le Sauzais et le Plessis).5 Nous pouvons lire dans l'ouvrage « Velles en bas Berry » du chanoine Maxime ROUSSEAU : « En place des chemins impraticables pendant six mois de l'année, des voies de communication furent construites. Par des drainages profonds et judicieusement compris, l'eau, dont l'écoulement difficile entravait la culture du sol, a pu s'écouler et en permettre l'exploitation. Des prairies artificielles et naturelles furent crées. Celles des bords de la Bouzanne, les seules qui existaient avant 1874, furent défoncées, ameublies et fumées. Enfin, des semis, ou repeuplement artificiels, ont élevé de 68 ha à 470 environ la superficie des bois et taillis, sur les terrains impropres à la culture ». Le 17 Janvier 1912, c'est à un métayer de Velles : M. BEAUJEAN-FAUDUET que fut remis le prix Bignon de l'Agriculture, décerné chaque année par l'Académie Française (cité dans l'ouvrage du chanoine ROUSSEAU). La petite fille de ce dernier. Marie Louise COLIN6 habitante de Velles, précisait que le laboureur représenté dans le bas relief, était le père BEAUJEAN, qu'il n'était pas métayer mais maître-laboureur sur les terres de la famille BALSAN. Il ne savait pas lire mais comptait parfaitement. Le régisseur des domaines racontait qu'il n'avait pas son pareil pour déterminer bien à l'avance, la densité et la qualité de la récolte qu'il avait semée. Il parcourait les terres emblavées, prélevait au hasard quelques jeunes épis, les humait, mâchonnait les grains et par un calcul dont lui seul avait le secret, déterminait le rendement sans jamais se tromper de plus d'un vingtième... Noyé sous les taillis et ignoré du plus grand nombre de nos contemporains, il nous semblait opportun de rappeler, par ces quelques lignes dans notre bulletin, l'existence de ce monument, témoin d'une époque pendant laquelle les OGM n'étaient pas une préoccupation et où la crise pétrolière n'affectait ni la vitesse, ni la qualité des labours !

Notes :

1 - La France en héritage de Gérard BOUTET.


2 - Velles en bas Berry du Chanoine ROUSSEAU qui écrivit en 1948/50 l'histoire de la commune.

3 - Extrait du discours de Charles BALSAN : bulletin de la société d'agriculture de l'Indre - 1901, page 114.

4 - Emest NIVET (1871-1948) né à Levroux et mort à Châteauroux, apprend la sculpture à Paris, où il est praticien chez RODIN. Grand prix international de sculpture en 1937, on lui doit notamment les sculptures des monument aux morts de Buzançais, La Châtre, Issoudun & Hattonchâtel (Meuse).


5 - Charles BALSAN acquit cette propriété de 1164 ha en 1874.


6 - Propos de Marie Louise COLIN recueillis par Jacques DUPRE son ami d'enfance et qui lui a fait connaître le monument.

Alain GAUTIER Cercle d'Histoire d'Argenton : Argenton et son Histoire n° 25. Article transmis par Francis NIQUE (CLC d’Argenton)Modifier

Note n°1 : 'Le pont de bois couvert de Chabenet

Cette construction du milieu du XIXe siècle intrigue tous ceux qui la 'connaissent. Récemment le pont de bois couvert s'''est refait une jeunesse. La restauration importante, d'un montant de 1,4 MF s'est 'étagée' de la maçonnerie, qui en constitue la base, au toit d''ardoises en passant par la consolidation des charpentes par injection de résine et remplacement des pièces défectueuses.Modifier

Cette restauration a été rendue possible par l'intérêt constant que la municipalité du Pont-Chrétien Chabenet porte à ce pont, par l'élargissement récent de la notion de patrimoine, enfin par son classement comme monument historique le 20 juillet 1992. Antérieurement, une mesure de protection avait déjà été prise au niveau du Secrétariat 'd'Etat' à la Culture, sous la forme d'une inscription à 'l'inventaire' des sites pittoresques, en date du 6 mai 1976. Ce site englobe la vallée de la Bouzanne, de la sortie du village « jusques et y compris le pont couvert ». Par ces classements il rejoint ainsi, sur l'étendue de notre commune, le château de Chabenet (inventaire des Monuments Historiques - 28 juin 1927) et le portail latéral de l'église '(inv.M.H.11 mai 1932), tous deux du XVe siècle. Heureusement on a pu aujourd'hui restaurer ce pont de bois couvert qui est unique en France. Il était temps de le faire, vu l'état de délabrement de l'''édifice. Jusque récemment on disait que la construction du pont était liée au chantier de la ligne de chemin de fer Paris-Toulouse, dont la construction pour le tronçon Châteauroux-Argenton mobilisa de 1847 à 1854 de nombreux ouvriers parmi lesquels beaucoup d'immigrés allemands et piémontais notamment. Cette construction supposait localement deux ouvrages importants : un tunnel de plus d'un kilomètre de long et un viaduc d'environ trois cents mètres à trente huit mètres de hauteur. Le pont de bois aurait servi d'abri aux ouvriers pour leurs repas et pour leur permettre de franchir la Bouzanne en toute sécurité. Le Préfet de l'''Indre autorise par arrêté du 7 février 1851 « la construction d'un pont en charpente, près du moulin, en remplacement d'un vieux pont ». Voilà, à proximité du chantier des Roches, le pont et son successeur qui ont dû être utilisés pour traverser la rivière et, équipés de châlits en bois, ils ont pu servir de cabane de chantier, aucun pont n'existant à l'époque entre le village et le gué du Pont de Mont, en amont du pont de bois actuel, soit sur plus de quatre kilomètres. Quelques années plus tard, mais alors que la ligne de chemin de fer est inaugurée depuis le 2 mai 1854, le Préfet prend un autre arrêté, le 17 novembre 1855, pour autoriser le comte de Poix à construire « un pont de bois pour réunir divers héritages dont il est propriétaire ». Le comte avait déposé sa «pétition» le 12 juillet 1854. Le texte précise les principales caractéristiques techniques : trois travées de 6,67 mètres, largeur de 4 mètres « de dehors en dehors », levée à établir sur le côté gauche de la vallée sur toute la longueur de la prairie, avec une pente de 0,05 mètre par mètre. Ces « divers héritages » sont, sur la rive gauche, le château de Chabenet et, sur la rive droite, les fermes dont l'une présente encore des chenils et une chapelle de Saint-Hubert. On imagine la part que la chasse à courre a pu prendre dans la décision de relier commodément ces propriétés. Les parcelles de terre évoquées dans le même document excluent tout doute : il s'agit bien du pont actuel. Celui-ci va jouer son rôle pendant plus d'un siècle de bons et loyaux services jusqu'à ce qu'on ajoute, à deux ou trois cents mètres en aval, un nouveau pont. Avant cela, en 1935, une convention de copropriété cite trois fermiers et le comte de 'Nicolaï,' héritier des comtes de Poix et propriétaire de Chabenet. Quelques décennies plus tard, il est donné - vendu pour un franc symbolique - en 1975 à la commune. Dans 'l'acte,' il est mentionné que l'édifice était dit « le Pont Noir ». Cette appellation ne semble pas répandue. Son état nécessitait déjà des travaux, ce qui ne devait pas réjouir les copropriétaires. Compte tenu de l'''intérêt de l''é'difice, la commune accepte de prendre le re'l'ais et fait des travaux conservatoires : une facture de décembre 1975 s'élève à 39493 F. La commune intervient à plusieurs reprises pour obtenir des subventions afin de le restaurer. 'L''inscription du site évoquée plus haut, et pour laquelle, l'intégration du pont de bois au patrimoine communal constitue un préalable, avait pour dessein, elle aussi, de permettre les travaux mais, faute de crédits, le dossier s'est enlisé. Mais au fait, pourquoi se donner tant de mal pour couvrir un pont ? Cela étonne... La réponse est toute simple : il est couvert pour protéger sa structure en bois et, partant, fragile ! Point n'est nécessaire d'aller chercher une autre explication. S'il est unique en France, cela n'exclut pas que ce type de construction a été banal autrefois. Par exemple, dans son étude architecturale du pont, Jean-Pierre Menuat reproduit une planche du Traité de l'art de la Charpenterie, un ouvrage ancien de H.C. Emy qui comporte un pont très comparable.

Des ponts couverts en bois, il en existe en Suisse, en Asie, ainsi qu'aux É'tats-Unis et au Canada, généralement récents.Modifier

Dans un film célèbre, «Sur la route de Madison » (1995), 'Clint' 'Eastwood' met à l'écran le livre de Robert James Waller. Il incarne Robert Kincaid, journaliste au National Geographic, qui prépare un article sur les ponts couverts. Il paraît que certains ont écrit à la revue afin de se procurer l'article : comme quoi la fiction prend parfois l'aspect de la réalité…

'Daniel DUFOUR Cercle d'Histoire d'Argenton, Argenton & son Histoire n°18. 'Article transmis par Francis NIQUE (CLC d’Argenton)

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